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Programme Benkadi, la nécessité de la prise en compte du genre dans la thématique du changement climatique en Afrique de l’Ouest

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L’une des plus grandes crises que devront vivre notre génération et celles d’après est certainement celle du réchauffement climatique. Le réchauffement climatique est un phénomène global de transformation du climat caractérisé par une augmentation générale des températures moyennes (notamment liée aux activités humaines), et qui modifie durablement les équilibres météorologiques et les écosystèmes. Si les effets de ce phénomène se ressentent au niveau mondial, le réchauffement climatique en Afrique sera plus important qu’au niveau mondial au cours du XXIème siècle selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (le GIEC).

C’est fort de ce constat, et dans le but d’endiguer les effets de ce changement qu’a pris forme le programme Benkadi. Benkadi qui signifie ”Travailler ensemble dans la même”, est une initiative de la société civile ouest africaine pour améliorer l’efficacité des politiques publiques en matière d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Mali par une plus grande participation citoyenne y compris celle des jeunes, des femmes et des personnes handicapées.

Un objectif stratégique: les communautés et les groupes vulnérables

Les communautés, premières victimes du changement climatique sont la cible primordial de ce programme. En effet, l’objectif stratégique est: « les communautés affectées par l’érosion côtière, la dégradation des écosystèmes, la pollution par l’orpaillage et la déforestation, en particulier les femmes, les jeunes et les personnes vivant avec un handicap réalisent leur droit au développement et sont résilientes aux effets du changement climatique». L’inclusion du genre est un des axes stratégiques car en Afrique toujours selon le GIEC, les femmes, les enfants et les personnes âgées sont réputées plus vulnérables aux impacts du changement climatique. De manière plus générale, les communautés affectées par les changements climatiques verront la vulnérabilité de leurs populations sedévelopper. Elle affaiblira plus encore les capacités d’adaptation des populations, ne laissant pour choix que la migration.

Par ailleurs, selon Monsieur Lourens Van Bruchem, chef de projet et conseiller politique de l’ONG néerlandaise Woord en Daad qui travaille à la mise en oeuvre du programme, les femmes, les jeunes et les personnes handicapées sont mis de coté surtout dans la prise de décision. Il s’agit donc de leur donner de la voix et de prendre en compte leurs spécificités. Un site internet sera aussi fonctionnel pour permettre au grand public de suivre le programme.

Monsieur Lourens Van Bruchem, ONG Woord en Daad

Abidjan accueille la réflexion autour de la deuxième année de mise en oeuvre du programme

C’est ce lundi 04 Avril 2022 que s’est tenu le lancement de la deuxième année du programme dans la ville historique de Grand-Bassam, une ville aussi menacée par l’érosion côtière en Côte d’Ivoire. Accueillis par les autorités administratives, coutumières et diplomatique la société civile ouest africaine et ses partenaires ont pu exposer des travaux qui se tiendront du 04 au 08 Avril 2022 dans notre pays.

En Côte d’Ivoire, plus spécifiquement c’est la thématique de l’érosion côtière et des espaces protégés qui feront l’objet de plaidoyers qui s’appuient sur des études mises effectuées en amont avec les populations concernées. Nos côtes sont de plus en plus érodées par l’avancée de la mer et les migrations des populations s’ensuit forcément.

De 2011-photo du bas- à 2017-photo du haut- la disparition des terres du villages de Lahou Kpanda en Côte d’Ivoire. La conséquence est la migration des populations.

MAHAMADOU Kouma
Coordonnateur National de la Convention de la société Civile en Côte d’Ivoire

Cet atelier fera alors le bilan général de l’année écoulée, mais servira surtout de cadre de renforcement de capacité des acteurs de mise en oeuvre du programme. Il sera le cadre posé pour l’intégration du genre dans le programme, aux dire de Sylvestre N. Tiemtoré, le coordonnateur général du programme.

Sylvestre N. Tiemtoré, le coordonnateur général du programme.

Nous rappelons que Benkadi est mis en oeuvre avec l’accompagnement des partenaires tels que Woord en daad, le Ministere des affaires étrangeres des Pays-bas et le gouverment du Burkina Faso. Il est mis en oeuvre dans les quatre pays par les plateformes membres du consortium que sont:

Au Benin; la Plateforme des Acteurs de la Société civile au Bénin (PASCIB), En Côte d’Ivoire par la Convention de la Société civile (CSCI), Au Mali par le Secrétariat de Concertation des ONG nationales du Mali (SECO-ONG).

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L’aventure à tout prix : le calvaire de la migration irrégulière des femmes ivoiriennes (partie 2)

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Migrantes (c) Photo Challenges

Quête d’un mieux-être, influence des réseaux sociaux, violences… autant de raisons qui les poussent à partir

Tout d’abord une migration de travail

On l’aura compris par les témoignages d’Emma et des autres femmes rencontrées que le premier motif du départ est la recherche d’un mieux-être. En effet, l’on ne peut exclure le fait que les conditions de vie parfois très difficiles des femmes les poussent à partir vers ce qui serait considéré comme l’Eldorado. Il s’agit en ce qui concerne les Ivoiriennes d’une migration qui est plus orientée vers le travail. C’est ce qui ressort de l’étude de l’OIM qui retrace le parcours des migrantes de retour, 95% des femmes migrantes de retour interviewées étaient parties pour des raisons économiques avec pour objectif principal de trouver un emploi plus décent. Cette motivation est encore plus forte quand la femme a seule un enfant à charge et une famille. 75% des femmes retournées avaient au moins un enfant à charge avant leur départ. Oumou Sacko, une migrante de retour, a confié qu’elle restait, avec sa sœur, l’espoir de sortir de la misère de son père. La plupart des femmes que nous avons interrogées partaient à l’aventure pour avoir de l’argent et rentrer si possible après avoir obtenu gain de cause.

Fuir les violences… À la recherche de plus de droits…

Ce qui rend d’ailleurs la migration féminine différente de celle des hommes est que pour la majorité d’entre elles, il s’agit  plus d’une stratégie de survie profondément personnelle plutôt que d’un acte de réalisation social, observe l’OIM. En effet, la précarisation à laquelle a dû faire face une bonne frange de la société et la condition féminine perçue comme meilleure ailleurs sont des facteurs déterminants dans la décision de voyager. Les femmes qui partent recherchent l’autonomie, une amélioration de leurs conditions de femme. Le lien entre l’émancipation féminine – plus acceptée dans un contexte occidental – et la migration est net. Cette thèse est corroborée par Dr Lally Kouadio, anthropologue des migrations. Il assure que ces femmes sont mues par “le désir de rechercher plus de droits, où on ne court pas le risque d’être humiliée. L’Occident, c’est le lieu où il existe la liberté d’expression, où il n’existe pas le poids social de la prédominance de l’homme sur la femme”. D’ailleurs, les femmes qui réussissent cette épreuve et qui reviennent sont considérées dans leurs communautés parfois au même titre que les hommes, sinon mieux que les hommes qui sont restés. Un fait, qui comme un cercle vicieux, entraîne d’autres femmes ou filles à tenter l’expérience.

Les violences faites aux femmes sont à considérer dans le schéma migratoire féminin. Dans un pays comme la Côte d’Ivoire, où ces violences sont de plus en plus récurrentes, les femmes qui tentent d’y échapper le font parfois au péril de leurs vies. Elles fuient les mariages forcés, les excisions, les coups… Rien qu’en 2020, l’ONG Citoyennes pour la promotion des enfants femmes et minorités (CPDEFM) a recensé 1 290 cas de mariage de filles de moins de 18 ans et 1 121 viols. En Europe, dit-on, “la femme a des droits”. Cette raison a d’ailleurs été évoquée par l’un des avis que nous avons recueilli lors de notre sondage lorsque nous avons posé la question de savoir ce qui pourrait pousser les femmes à migrer illégalement.

Mais aussi les réseaux sociaux et les pseudo-réussites

Les réseaux sociaux et leur prisme déformant de la réalité jouent aussi un rôle important dans le choix que font tant les femmes que les hommes de partir à l’aventure. Les réussites parfois virtuelles que présentent certaines sont des catalyseurs de ces départs clandestins. Pour Mariam, 26 ans, ménagère et identifiée comme potentielle migrante à Daloa, ”l’influence des migrantes qui ont réussi à se faire une place en Europe incitent beaucoup les jeunes filles à partir”. Et les départs se font plus nombreux après les fêtes religieuses où ces personnes quand elles reviennent au pays peuvent faire face à d’énormes dépenses. Naissent au sein de la communauté des frustrations, des comparaisons qui déclenchent l’envie de partir. 

Ces réseaux sociaux sont les appâts des plus jeunes qui sont constamment connectés.  Mawa Doumbia, la quarantaine, commerçante, a découvert avec effarement que sa fille d’à peine 17 ans en classe de 3e avait emprunté en cachette la route de la Libye avec d’autres jeunes de son âge, dont sa cousine. Sa fille Mariam lui a volé l’argent de la tontine qu’elle gardait. L’objectif reste le même : réussir en Europe, fuir la misère et le quotidien.

”Un matin, elle a pris l’argent de la tontine que j’ai gardé et s’en est allée en faisant croire qu’elle partait chez sa camarade (…) Il paraît qu’elle est en Libye . Mais elle n’a pas encore pu traverser. Ce n’est pas facile. Je lui dis de revenir mais elle refuse, c’est cela le problème. Je demande à Dieu qu’elle ne meurt pas”

Mawa Doumbia, mère de Migrante

Des conditions de voyage plus difficiles quand on est une femme

Les femmes paient un tribut plus lourd que les hommes sur la route migratoire et leur mortalité est plus élevée. En effet, les obstacles et les dangers induits par les migrations sont souvent différents pour les femmes, qui se heurtent à des sources d’insécurité supplémentaires en raison des inégalités auxquelles elles sont soumises en tant que femme dans leur situation économique, sociale et politique.

ABUS ET TRAUMATISMES PSYCHO-SOCIAUX, le double niveau de vulnérabilité des femmes migrantes

Les femmes ivoiriennes ont été surexposées à la violence physique et psychologique que ce soit sur leur lieu de travail, sur la route ou en détention. Les abus vécus ont pu prendre plusieurs formes incluant le travail non rémunéré, les violences sexuelles, le racisme, la prostitution ou la vente d’êtres humains. Aux dires de Sarah, qui a vécu l’expérience de travail au Koweït, son voyage a pris la forme de l’esclavage moderne. Elle n’avait ni droit, ni repos, ni titre de séjour, celui-ci ayant été confisqué dès son arrivée par la famille qui l’avait ”achetée”. ‘‘Le ménage c’est de 06h du matin à 02 h sans arrêt, on manquait même d’être violée parfois’’ nous raconte-t-elle. Ces femmes reviennent traumatisées et en mauvaise forme physique pour la grande majorité. 

Selon un rapport réalisé pour la Division des Nations Unies pour la promotion des femmes, les migrantes sont tout particulièrement exposées aux privations, aux agressions et à la discrimination, discrimination due à la fois à leur situation de migrantes et à leur condition de femmes. Les filles et les jeunes femmes sont particulièrement exposées à toutes sortes de violence et d’abus au cours du voyage. En tant que femmes, elles doivent faire face à la précarité menstruelle, mais aussi aux cas de grossesses durant le voyage. 

Parmi les responsables de ces violences, on compte les proches, les employeurs et, dans certains cas, des personnes jusqu’à lors inconnues de ces femmes. Malheureusement, la spécificité des femmes n’est pas suffisamment mise en lumière. Une étude de l’OIM Côte d’Ivoire sur le trafic illicite de migrants et la traite de personnes montre que près de 30% des femmes ont été victimes de traite dès leur départ de Côte d’Ivoire. De plus, dans plus de 50% des cas, femmes et hommes interviewés ont travaillé à un moment de leur parcours sans être rémunérés, 41% des femmes (contre 17% des hommes) ont déclaré que le salaire perçu au cours de la migration avait été versé à un intermédiaire.

Revenir, mais à quel prix? La difficile réintégration des migrantes ivoiriennes

Endettées, stigmatisées et traumatisées

Pour les femmes qui décident de faire le choix du retour, la décision n’est pas sans conséquences. La motivation de départ est érodée par les conditions de vie difficiles sur le terrain. Si certaines cherchent coûte que coûte à terminer la périlleuse aventure, d’autres par contre décident de revenir pour affronter la dure réalité qui les attend. Cette réalité est celle de la stigmatisation dont elles sont victimes, les attentes des proches qui ont parfois contribué financièrement au voyage et l’endettement. Lorsque l’on compare aux hommes, les migrantes de retour enquêtées ont ainsi contracté plus de crédits. Les chiffres de l’OIM sont alarmants. Les migrantes ivoiriennes de retour (61%) ont contracté un nombre plus important de crédits liés au projet migratoire avant leur départ et les sommes empruntées sont plus conséquentes. Cela se justifie par le mode de transport emprunté par les différents sexes.

30% des femmes migrantes de retour qui ont contracté au moins une dette affirment n’avoir aucun revenu contre 14% des hommes dans la même situation. Bien sûr, il en découle une vulnérabilité plus grande chez les femmes face à la rétribution. Les femmes s’endettent tant auprès de leurs familles que des passeurs. Ces dettes qui sont contractées aussi bien au départ que pendant le voyage, donnent lieu à des violences sur les femmes. 52% des femmes interviewées victimes d’abus, qui ont contracté un crédit lié à la migration, ont dû travailler de façon non rémunérée ou  ont vu leurs papiers confisqués, que ce soit dans un pays de transit ou dans le pays de destination.

Les retournées sont traumatisées tant physiquement que psychologiquement par les abus subis. Un traumatisme exacerbé par un sentiment de honte dans la communauté. Ce fut le cas d’Oumou Sakho, 25 ans, migrante retournée. Elle nous fait part de son expérience en ces termes:  ”J’étais mal perçu par mes amis pour qui j’aurais pu me prostituer pour continuer le voyage. Sur place j’ai rencontré l’ONG AVSI, qui m’a intégrée au projet KAFISSA. Je leur ai fait part de mon désir de faire l’élevage. Après m’avoir formée, ils ont apporté un financement en nature dans la fourniture de tout le nécessaire pour la mise en place de mon business d’élevage de poulets’’.Les femmes migrantes retournées peinent également à retrouver du travail. Cela dégrade encore plus un statut social déjà très précaire et peut pousser certaines à repartir.  

Nous avons reçu deux femmes atteintes de cancer du col de l’utérus à leur retour que nous avons essayé de les aider par tous les moyens avec nos partenaires dans le golf

Hervé N’Dri, président ONG LISAD

Ce qui devait être une expérience de l’amélioration de leurs conditions de vie et de celles de leurs familles s’est transformé en facteur de fragilisation et de précarité. Cela l’est encore plus pour celles qui ont eu des grossesses et/ou des maladies à l’issue de viols dont elles ont fait l’objet au cours du voyage ou avant.

L’appui au retour encore faible pour les femmes ivoiriennes

Le Gouvernement de Côte d’Ivoire et l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), avec l’appui de l’Union européenne, mettent en œuvre depuis 2017 l’Initiative conjointe UE–OIM pour la protection et la réintégration des migrants en Côte d’Ivoire. À travers cette initiative, l’OIM Côte d’Ivoire fournit aux migrants ivoiriens qui reviennent une aide au retour volontaire et une aide à la réintégration.

La majorité des migrants assistés dans leur retour volontaire en Côte d’Ivoire sont des hommes. Cependant, la proportion de femmes (21%) reste nettement plus élevée que dans l’ensemble des pays de la sous-région. A titre d’exemple, la part des femmes sur l’ensemble des retours assistés dans le cadre de l’Initiative conjointe FFUE-OIM est de 4% au Burkina Faso, 5% au Mali et en Guinée ou encore 10% au Niger.

Les chiffres de la réintégration de l’ONG AVSI, une ONG italienne présente en Côte d’ivoire depuis 2008 qui s’occupe de la réinsertion des migrants et migrantes, montrent que les femmes migrantes réintégrées sont inférieures aux hommes. Cela peut s’expliquer par les stéréotypes dont elles sont l’objet. Sur 100 bénéficiaires des programmes de réintégration, 10 sont des femmes. Le projet dénommé ‘’Kafissa’’ à Daloa a permis à Oumou Sacko, migrante retournée, de s’investir dans l’élevage dans sa région. Elle qui a vu repartir son amie. Aujourd’hui, elle est propriétaire d’une ferme avicole et envisage son extension.

Les femmes parlent moins de leur retour dans les communautés, et ne sont souvent pas au fait de l’information. «Dans les représentations sociales et familiales traditionnelles, la migration est avant tout considérée comme un acte essentiellement masculin»(Comoé E 2006, relations de genre et migration en Côte d’Ivoire). D’ailleurs, elles finissent souvent par repartir faute d’alternatives.

Oumou Sackho, Migrante retournée dans sa ferme à Daloa

Lavinia Prati, chargée de projet à OIM, explique comment sont réinsérées les personnes retournées. L’OIM met en place tout un système qui prend en compte le profilage, un accompagnement matérialisé par l’assistance médicale, psychosociale et économique. 

En matière d’activités génératrices de revenus, les bénéficiaires des programmes de réinsertion bénéficient de conseils, d’informations sur les projets les plus viables, afin de rentabiliser l’activité choisie. L’OIM essaie de donner tous les outils aux bénéficiaires pour qu’ils soient autonomes dans le futur.Un suivi se fait en fonction de chaque projet, sur une année ou sur une période plus courte. Depuis mai 2017, il y en a 6000 qui ont déjà terminé leur première phase d’assistance et plus de 3000 qui ont finalisé leur processus de réintégration. Les autres sont en cours. Les métiers dits féminins du type cosmétique, coiffure, commerce sont plus ceux qui sont proposés aux femmes.  

Encore aujourd’hui, on déplore le manque d’assistance et de  réparation psychologique dans la plupart des programmes de réinsertion des migrantes autres que ceux de l’OIM. C’est pourtant un soutien indispensable quant à toutes les épreuves qu’elles ont subies.

ENCADRÉ

La migration, en tant que droit humain, s’est transformée en un véritable périple eu égard à un contexte de mondialisation encore étriqué. Par ailleurs, l’instabilité de nos Etats, la récurrence des crises politico-sociales ont favorisé le départ de notre jeunesse et le sentiment d’un Eldorado européen renforcé avec l’arrivée des réseaux sociaux. Ce phénomène longtemps considéré comme purement masculin à cause des rôles de genre s’est progressivement féminisé notamment en Côte d’Ivoire où, on l’a démontré, les femmes aussi partent “se chercher”.

Malheureusement, cette faible prise en compte du genre dans les enquêtes, les réinsertions et même dans la médiatisation du phénomène rend les migrantes encore plus vulnérables. En outre, le constat est que lors des campagnes axées sur les violences faites aux femmes, notamment les 16 jours d’activisme contre les violences, les situations qu’elles subissent sont très rarement abordées par les OSC locales. Que ce soit dans le pays d’origine, de transit ou de destination, les migrantes ivoiriennes sont perpétuellement en danger. Leur spécificité de femme et de catégorie vulnérable est ignorée. Aujourd’hui, plus que jamais ces femmes ont besoin d’appui. En effet, Le HCR retire la Côte d’Ivoire des pays à risque et recommande que ses ressortissants ne bénéficient plus de l’asile à partir de juin 2022. Ce qui a notre sens va accentuer la vulnérabilité des femmes ivoiriennes. Par conséquent, nous faisons les recommandations suivantes : 

  • Renforcer les canaux d’information sur les dangers de la migration irrégulière et les diffuser de manière plus large afin de toucher les migrants potentiels, les migrants en cours de voyage et les candidats au retour ;
  • Organiser des campagnes d’informations sur les voies alternatives de migration légale ;
  • Renforcer les mécanismes de collecte d’informations auprès des migrants de retour, afin de permettre un meilleur suivi ;
  • Identifier des réseaux de traite actifs et des systèmes d’exploitation existant afin d’assurer une meilleure protection des migrants de retour soumis au travail forcé et aux mises sous contrats afin de rembourser leurs dettes ;
  • Travailler sur l’axe de la migration féminine;
  • Inclure effectivement les violences faites aux migrantes dans la lutte contre les violences faites aux femmes par les organisations qui travaillent sur le sujet
  • Intégrer les migrants de retour dans le processus de réintégration, de sensibilisation;
  • Travailler avec la Police de lutte contre la cybercriminalité pour démonter les réseaux qui officient via les réseaux sociaux;
  • Travailler à la réparation psycho-judiciaire des victimes de la migration
  • Travailler avec les communautés et les familles en vue de déconstruire les préjugés envers les femmes migrantes;
  • Ratifier – par les Etats – la convention internationale sur la protection de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles du 18 décembre 1990.

Retrouvez la première partie de cet article ici.

Enquête réalisée par : Carelle Goli, Charline Tiahi et Marthe Akissi de RTI info. Une Initiative soutenue par Medialab Pour Elles, un projet CFI-Agence française de développement médias, avec le soutien de Anderson Diedri et Satou Kané.

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Flora Irel, l’héroïne qui révolutionne la communication politique en Afrique francophone

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La communication politique peut se définir comme « l’espace où s’échangent les discours contradictoires de trois acteurs : les hommes politiques, les journalistes et l’opinion publique au travers des sondages. Ceux-ci ont pleine légitimité à s’exprimer publiquement sur la politique ». La communication politique se fait en période électorale, entre deux élections, en situation de crise politique intérieure ou extérieure. C’est la définition que nous donne Flora Irel à propos de cette notion. Cette jeune femme ivoirienne, diplômée de l’Ecole Française des Attachés de Presse et des Professionnels de la Communication (EFAP) et titulaire d’un diplôme d’études universitaires générales en Anglais de l’Université Félix Houphouët Boigny, s’est lancée dans la Consultance politique à l’attention de leaders. Son ambition, professionnaliser un milieu laissé trop longtemps aux mains d’amateurs.

Changer d’ère pour une société civile et politique plus saine

Il est contradictoire que l’on reconnaisse de plus en plus l’importance des métiers de la communication sans forcement penser à mieux organiser la communication politique. C’est le constat qui ressort de l’expérience panafricaine de Madame Irel. En effet, de la Côte d’Ivoire, en passant par le Togo et la RDC où elle séjourne actuellement, les personnes qui se chargent de ce pan oh combien important de la vie des élus et leaders restent leur cercle le plus familier. On parle alors de « bois sacré », « sa base », d’ « entre – gens ». Ce qui a pour effet de décrédibiliser le travail et l’image des acteurs politiques. Car ces personnes sont forcées à apprendre sur le tas les rudiments d’un métier à diverses variantes.

Le cabinet Irelec de Madame Irel offre aujourd’hui à une cible de personnes clées( ministres, maires, députés, candidats, élus, dirigeants, managers, cadres, Experts comptables, avocats, huissiers, notaires…)un accompagnement à titre individuel et collectif; avec quatre axes pour la montée en puissance des leaders : 

  1. L’audit en communication ;
  2. Le conseil en stratégie de communication ; 
  3. L’accompagnement en bonnes pratiques ; 
  4. La team building. 
Madame Flora Irel

« Le but du présent exercice est de rappeler que la communication est un espace professionnel et un marché du travail. Ce qui suppose un investissement dans la légitimation de l’activité des professionnels qui s’y consacrent »

Pourquoi est-ce si important de passer à cette étape de professionnalisation?

En politique, l’image est cruciale et il faut absolument pouvoir la construire et c’est à partir d’une image positive que passeront les discours et messages.La communication politique nécessite, selon l’experte, une approche pluridisciplinaire. 

Véritable oeuvre technique, la communication politique voit s’enchevêtrer plusieurs disciplines. D’abord, la sociologie des professions dans l’équipe de campagne (en relevant le côté fonctionnaliste puis interactionniste de tous les groupes professionnels, la légitimité, le mandat de chacun d’eux, l’exposition de leurs pratiques, leur rôle dans l’organisation) puis, les stratégies de marketing électoral (la politique reprend les codes du marketing économique donc d’un 4P spécifique politique mix) pour aboutir à la sémiologie pour la communication symbolique (au-delà de l’énonciation verbale, s’intéresser aux procédures et stratégies qui se manifestent dans plusieurs langages visuels, sonores, gestuelles, etc…). De ce qui précède, il est donc important de s’entourer de personnes aguéries et bien formées.

Le plan d’action et la stratégie de Madame Irel a été dévoilé en Côte d’Ivoire ce Mercredi 06 Octobre 2021 au Grand Hôtel d’Abidjan lors d’un Café de presse. L’experte a pu dévoilé sa grande maitrise des outils de communication ainsi que sa volonté de redynamiser le secteur et de le challenger davantage. Une véritable Héroine.

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L’aventure à tout prix : le calvaire de la migration irrégulière des femmes ivoiriennes (partie 1)

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Des migrants dans un centre de détention en Libye. (c) Photo OIM/2017

Entre 2017 et 2019,  un quart des migrants de retour en Côte d’Ivoire étaient des femmes. Soit 5 fois plus que le taux global observé dans les autres pays d’Afrique de l’ouest francophone selon un rapport de l’organisation internationale pour les migrations (OIM) publié en septembre 2019. En 2018, les femmes ivoiriennes faisaient partie du top 5 des nationalités ouest africaines déclarées arrivées illégalement par la mer sur les côtes italiennes. Elles surpassaient de loin le Burkina Faso, le Mali, la Guinée Si la proportion des femmes ivoiriennes se rapproche de celle du Nigéria, le ratio avec la population  des deux pays place la Côte d’Ivoire en première place devant le Nigéria (10%). Au même moment, les migrants ivoiriens représentent la troisième nationalité d’Afrique de l’Ouest et centrale à arriver de manière irrégulière en Espagne, constituant 4 % du total des arrivées avec environ 3 000 arrivées déclarées. En Italie, « alors que les femmes ne représentaient que 8% des Ivoiriens ayant débarqué en 2015, elles représentent 46% du total en 2019». La plupart d’entre elles subissent une forme d’exploitation au cours de leur parcours et reviennent souvent totalement désillusionnées quand elles ne trouvent pas la mort en route. Zoom sur le rêve cauchemardesque de ces migrantes.

Emma, 31 ans, Ivoirienne rescapée de la migration irrégulière, nous raconte son histoire. 

EMMA TIAN LOU, Migrante de retour

Nous l’avons rencontrée un lundi après-midi, dans la commune de Treichville, dans le sud d’Abidjan. Elle, c’est Emma Flora Tian Lou, une ex-migrante de retour comme elle aime se définir. Son histoire prend pied en 2016 quand, à 26 ans, la jeune femme entame son voyage. Cette même année, elle a pour compagnes d’infortune d’ autres femmes ivoiriennes qui traversent le Sahara et la Méditerranée portant en elles le rêve de l’Europe à tout prix. Pourquoi a-t-elle décidé de prendre cette décision ? Selon elle, ses conditions de vie étaient de plus en plus difficiles. En effet, avec son emploi de coiffeuse, elle n’arrivait pas à subvenir à ses besoins ainsi qu’à ceux de sa fille de 7 ans dont elle avait l’entière charge. Elle décide alors d’emprunter ce qu’elle considère comme la route de l’espoir, encouragée par son fiancé déjà en exil au Maroc. Sa première destination fut l’Algérie où elle espérait exercer un travail d’aide-ménagère qui serait rémunéré à 49.000 fcfa/Semaine, soit 196.000 fcfa/mois. Ce qui est de loin supérieur à ce qu’elle pouvait prétendre gagner en Côte d’Ivoire où le SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) est fixé à 60.000 et le métier de coiffeuse qu’elle exerçait depuis des années ne lui rapportait que 30.000 fcfa mensuellement. Pour elle qui peinait parfois à obtenir 1.000 fcfa par jour, ce voyage en Afrique du Nord avait pour objectif de réunir un financement conséquent et revenir en Côte d’Ivoire pour investir dans la réalisation de ses projets.

Devant l’insuffisance de ses moyens financiers, c’est la voie terrestre qui s’impose à elle afin d’arriver en Algérie en passant par le Ghana, le Togo et le Niger. Mais c’est véritablement à Agadez (Niger), pendant la traversée du Sahara, que débute son calvaire. Mal informée, Emma avait sous-estimé la dangerosité de la région. Le désert ” il n’y a pas d’entrée, pas de sortie“, confie-t-elle. C’est avec un traumatisme qu’elle vit en direct les abandons de ses compagnons d’infortune qui ne peuvent embarquer immédiatement lorsque adviennent des pannes du véhicule. Les passeurs ne peuvent risquer de se faire prendre par la police. Emma, qui avait prévu de rester en Algérie, fait avec son compagnon l’expérience du racisme par des injures et autres mauvais traitements. C’est ainsi qu’enceinte de cinq mois, une autre traversée du désert s’impose à elle dans l’optique d’atteindre la Libye. Cette fois, elle subit une agression sexuelle de la part d’un des chauffeurs, qui surement ému par ses supplications ne va pas au bout de sa tentative de viol. Une autre femme, n’a pas cette chance et est abusée publiquement, sous les yeux de tous les occupants du véhicule. Après le désert, Emma arrive en Libye. L’espoir pour elle renaît. Elle pourra enfin prendre le large pour l’Italie. Contre toute attente, elle et bien d’autres femmes d’Afrique de l’Ouest sont arrêtées et faites prisonnières à Tripoli, avec la complicité de leurs propres passeurs et sont enfermées avec des centaines hommes. Enceinte, et en proie aux coups de fouet, elle n’a reçu aucun soin médical durant les trois semaines passées derrière les barreaux. Emma mange très peu dans sa condition, juste une fois par jour. Les dons des organismes humanitaires sont détournés par leurs bourreaux.

 « J’ai dit que je préfère qu’il me tue plutôt qu’il abuse de moi, je lui ai dit que je suis enceinte (…) Il m’a attrapée par les cheveux, m’a brutalisée, s’est frotté contre moi (…)

Il y a une passagère camerounaise qui n’a pas pu y échapper. Il l’a déshabillée devant tout le monde, y compris son copain et sa tante, et a abusé d’elle sous nos yeux ».

Emma

Emma
Témoignage audio d’Emma/ sa tentative de viol et ses conditions de détention en Lybie

Quel itinéraire empruntent les femmes ivoiriennes?

Plusieurs itinéraires sont empruntés par les migrants et les migrantes convergeant tous vers l’Afrique du Nord. Les principales routes terrestres passent par le Burkina-Faso et le Mali. Les voies aériennes sont plus empruntées par les femmes. Selon Hervé N’Dri, président-fondateur de l’ONG LISAD (Lutte contre l’Immigration illégale Secours Assistance et Développement), l’itinéraire des femmes ivoiriennes se subdivise en trois grandes périodes migratoires. Ainsi, jusqu’en 2011, celles-ci avaient pour destination le Liban, au Moyen-Orient, où elles exerçaient les travaux domestiques une fois sur place. Entre 2011 et 2015, on a pu observer le boom de la migration clandestine féminine et cette fois-ci ce sont les pays du Golfe qui sont visés, en l’occurrence le Koweït, le Qatar, l’Arabie Saoudite, le Bahreïn, le Kurdistan. Et c’était toujours une migration pour le travail. Depuis 2015, c’est par le Maghreb que les femmes ivoiriennes transitent pour gagner l’Europe. Les pays de choix sont alors la Tunisie et le Maroc. La principale raison est la facilité administrative de s’y rendre, notamment l’absence de visa entre la Côte d’Ivoire et ces deux pays.

En effet, 69% des hommes partent par la route et 30% par avion. Pour les femmes, 70% disent être parties en avion (60% vers la Tunisie et 10% vers le Maroc) contre 30% par la route, selon les chiffres de l’OIM. Plusieurs raisons sous-tendent ce choix. L’on peut aisément comprendre que la sécurité qu’offre la voie des airs est plus adéquate pour les candidates féminines qui préfèrent éviter les exactions qu’elles pourront rencontrer le long d’un voyage terrestre. Mais ce choix de voyage est également bien plus coûteux. Ce sont des milliers de francs qui y sont injectés. Cela signifie que les femmes bénéficieraient éventuellement de plus de moyens financiers au départ ou de promesses de rémunération à l’arrivée. 

La Tunisie a une position géographique stratégique entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe qui au fil du temps a fait d’elle une destination de premier choix pour les candidats à la traversée de la Méditerranée. C’est ce que nous rapporte la Radio Libre Francophone (RLF), interrogée à ce sujet. Chez les femmes, on assiste également à des changements d’itinéraire. Selon les données de l’OIM, il s’agit d’une réaction d’adaptation à des obstacles ou difficultés (voire des opportunités) qui se présentent, souvent à cause du manque d’informations fiables avant le départ. Cela est principalement le cas pour les femmes, qui avaient comme destination finale le Maroc ou la Tunisie et qui ont souhaité, par la suite, continuer jusqu’en Europe. En effet, elles se voient confisquer leurs passeports, ce qui crée des pénalités au-delà des trois mois de résidence autorisés sur le territoire. La traversée de la Méditerranée s’impose alors comme une évidence. Selon l’OIM, 19% des femmes contre 6% des hommes passent par un facilitateur ou un passeur pour financer leur migration malgré les risques encourus :  trafic et traite des personnes.

La Route de Méditerranée centrale, la route de tous les dangers

La route de la Méditerranée centrale  est une route migratoire traversant la mer Méditerranée au niveau de la côte ouest de la Libye, et rejoignant l’Italie ou Malte. Il s’agit de la principale voie d’accès à l’Union européenne au départ de l’Afrique. Pour les femmes ivoiriennes, comme pour la plupart des personnes originaires d’Afrique subsaharienne, la route empruntée est la route méditerranéenne centrale depuis la Libye, point de départ de la traversée maritime en direction de l’Italie. Les Ivoiriennes en majorité (62%), quittent la Côte d’Ivoire, transitent ou font escale en Tunisie, puis entrent en Libye. Les hommes voyagent majoritairement par la route avec différents parcours entre le Mali, l’Algérie et le Niger pour atteindre la Libye. Elle fait partie avec les routes de de la Méditerranée de l’Est et de l’Ouest des trois voies principales de la migration irrégulière. Elle est de loin la plus meurtrière et est de ce fait surnommée le ”tombeau des migrants”. De 2014 à 2021, le projet missingmigrants -une initiative mise en place par l’OIM pour documenter les décès et les disparitions de personnes en cours de migration vers une destination internationale-a dénombré plus de 8000 personnes qui y sont décédées contre à peine plus de 700 sur la Méditerranée de l’Est et 1000 sur celle de l’Ouest.

Entre arnaques et faux papiers, les réseaux clandestins de plus en plus puissants

Les femmes en particulier sont prises au piège de la désinformation en ce qui concerne le domaine de l’emploi et des conditions sociales et sociétales de la Tunisie. Elles se laissent alors aller par ce que les passeurs ou leurs connaissances sur le territoire leur font miroiter. Ce réseau facilite la migration des femmes ivoiriennes et les appuie avant le départ. Selon RLF, ce sont autant des Tunisiens que des subsahariens qui travaillent au départ des migrantes. Ils sont présents partout et utilisent les outils du digital tels que les réseaux sociaux les plus populaires ou les applications de messagerie les plus efficaces pour diffuser les informations et toucher le plus grand nombre en toute discrétion. 

L’ONG LISAD (Lutte contre l’immigration illégale secours assistance et développement) affirme que ces personnes se trouvent partout, y compris dans les communautés religieuses, et procèdent par la méthode du bouche-à-oreille en jouant surtout sur leur crédibilité. Ce sont parfois des hommes de Dieu, des pasteurs, des imams… 

Il y a des hommes de Dieu, des imams, des pasteurs, qui recrutent les candidates à la migration irrégulière dans leurs communautés

ONG LISAD

Mais leur rôle ne se limite pas qu’à établir le contact, il va jusqu’à donner au voyage un aspect mystique et religieux, révèle Cherif Aziz, chargé de l’insertion professionnelle et de la migration des jeunes au sein de l’Union de la Jeunesse Communale de Daloa. Ces derniers sont installés en Tunisie, prient pour le bon déroulement du voyage et font office de passeurs. Une tactique d’endoctrinement qui sert à mettre en confiance les migrants quant au fait que la providence divine est de leur côté.

Sarah, une migrante de retour que l’on a rencontrée à Daloa, indexe les responsables des agences de recrutement des domestiques qui appâtent les filles qu’ils recrutent, en leur faisant miroiter un mieux-être à l’étranger. C’est par ce biais qu’elle a elle-même été embarquée pour le Koweït. Ces derniers, sans foi ni loi, vont jusqu’à falsifier l’état civil des plus jeunes, qui n’ont pas atteint l’âge légal de travailler dans ces pays, afin de faciliter leur expédition. Une véritable traite humaine qui se joue parfois en complicité des familles.

L’ONG LISAD corrobore cette information. Les femmes, explique Hervé N’Dri, sont appâtées par des réseaux ou des individus qui leur promettent de payer le voyage quand elles n’ont pas suffisamment de moyens.  Ce qui inclut l’achat du billet et du visa pour les pays où cela est nécessaire. Pour ce faire, les intermédiaires font miroiter à l’arrivée des emplois bien rémunérés avec des conditions de vie et de travail agréables. Ils ne disent par exemple pas qu’elles seront des domestiques mais qu’elles pourront continuer d’exercer leurs emplois d’origine pour celles qui le désirent. Sarah, ancienne domestique et migrante retournée a vécu la même expérience; ‘‘J’ai été interpellée par un agent de placement qui m’a donné de fausses  informations sur les conditions de vie au Koweït. Il m’a fait croire que j’allais être en pleine liberté avec un salaire rémunéré. Dès notre arrivée, on nous a confisqué notre passeport. Après deux heures de temps, nos employeurs sont venus nous chercher’’, nous témoigne t-elle.

Par ailleurs, ces réseaux sont très puissants car ils arrivent à détourner la vigilance de l’État ivoirien, qui a mis en place des restrictions quant aux voyages vers les pays du Golfe, en faisant transiter par la voie terrestre les femmes par les pays frontaliers que sont le Ghana, le Mali, le Burkina-Faso, le Bénin, le Togo. Objectif : détourner l’attention des autorités. Pour ce faire, ils leur font aussi établir des faux documents prouvant une activité commerciale. Une fois dans ces pays, elles sont reçues par un passeur qui les aide à migrer. Parfois, elles vont jusqu’à adopter illégalement la nationalité de ces pays de transit pour faciliter leurs voyages. Ce qui rend difficile la protection diplomatique de l’État de la Côte d’Ivoire quand le piège se renferme sur elles.

Retrouvez la deuxième partie de cet article ici.

Enquête réalisée par : Carelle Laetitia Goli, Charline Tiahi et Marthe Akissi de RTI info. Une initiative soutenue par Medialab Pour Elles, un projet CFI-Agence française de développement médias, avec le soutien de Anderson Diedri et Satou Kané.

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Les abidjanaises en danger?L’ONG CPDEFM dévoile l’inquiétante réalité des violences faites aux femmes à Abidjan.

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Plus que jamais, les violences faites aux femmes cristallisent l’attention, et deviennent un véritable enjeu de politique publique en Côte d’Ivoire. Malheureusement, si les voix se délient l’un des plus grands enjeux est la production de données ouvertes qui pourraient documenter ce phénomène. De ce fait, l’Organisation des Citoyennes pour la Promotion et Défense des Droits des Enfants, Femmes et Minorités (CPDEFM) créée par Madame Sylvia APATA, juriste, experte en Droits Humains, Consultante en Droits des Femmes; dans son optique de protection des plus vulnérables a produit le Rapport sur les Violences faites aux Femmes et aux Filles (VFF) dans le District d’Abidjan en période de pré et de quotidienneté Covid19, Abidjan, en Juin 2021, dont les résultats ont été présentés ce Mardi 15 Juin 2021 devant la presse internationale, nationale, les décideurs et les partenaires au développement .

Pourquoi une telle enquête?

Il s’agissait pour CPDEFM de parvenir à quantifier le taux de victimes de VFF (Féminicide, viol, pédocriminalité, mariages forcés, excision) dans les six (6) Communes cibles ; d’évaluer les violences que subissent les femmes et les filles en période de confinement et de quotidienneté COVID-19, afin d’interpeller l’opinion nationale et internationale sur l’ampleur des violences faites aux femmes et aux filles en Côte d’Ivoire notamment à Abidjan. Dans cette démarche, les données collectées viseront à contribuer à la prise de conscience des populations abidjanaises vis-à-vis des
conséquences des violences sur les victimes. C’est aussi une démarche politique qui a à terme de susciter des actions concrètes de l’Etat ivoirien en vue de leur réduction voire éradication.

Analyse du contexte spatio temporel et de l’échantillonage retenu

Ledit rapport a pris en compte six (6) communes du District d’Abidjan
(Communes les plus populaires) que sont : Abobo, Anyama, Attécoubé, Koumassi, Treichville et Yopougon, à propos du phénomène des violences faites aux femmes et aux filles en l’occurrence l’excision, le mariage forcé, le viol, la pédocriminalité et le féminicide.

Les enquêteurs et enquêtrices ont interrogé cinq mille cinq cent cinquante-six (5556 personnes) parmi lesquels figuraient des jeunes, des adultes et des personnes du troisième âge, choisis au sein de toutes les couches socio culturelles et vivant différentes types de situation matrimoniales. dont la moyenne d’âge de l’échantillon varie de 14 à 60 ans. Au total figuraient trois mille quatre cent quatorze (3414) femmes et environ deux-mille
cent quarante-deux (2142)
.

Tous les sexes, couches socio-professionnelles et niveaux d’instruction ont ainsi été pris en compte dans la mise en œuvre de cette étude. Les violences dont il est question ont été évaluées en période pré Covid-19, en période de confinement et de quotidienneté Covid-19. En effet, si l’on ne décrit les effets que sanitaires et économiques de la pandémie il est indéniable qu’elle a exposé encore plus les victimes de violences. La quantité significative et la diversité de la population cible permet de collecter des avis objectifs et variés et de réduire les marges d’erreur.

Quelques résultats obtenus en matière des VFF analysées:

Sur les 6 communes concernées, Anyama, Treichville et Attécoubé sont celles enregistrent respectivement 1322, 776 et 749 cas. 1290 cas de mariages d’enfants (filles âgées de moins de 18 ans) ont été recensés avec un pic en période de confinement environ 430 cas signalés. Concernant le viol (commis sur des femmes), ce sont 1 121 cas enregistrés (2019-2020).
Les féminicides sont par ailleurs une réalité à Abidjan. Cette enquête réalisée auprès des populations abidjanaises révèle que 416 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou partenaire intime au cours de ces deux dernières années. La Commune d’Abobo est la zone où il est enregistré le plus grand nombre de cas (125).

La Commune d’Abobo est la zone où il est enregistré le plus grand nombre de cas (125).

Rapport sur les Violences faites aux Femmes et aux Filles (VFF) dans le District d’Abidjan en période de pré et de quotidienneté Covid19, Abidjan, Juin 2021.

Interprétation- les VFF une réalité inquiétante en Côte d’Ivoire.

Les enfants particulièrement les filles sont plus exposées aux violences que les femmes : le mariage forcé est la violence la plus répandue de toutes les VFF documentées (29,66%) dans les 6 localités cibles. Les femmes sont majoritairement victimes de viol (25,77% des VFF signalées par
les populations).

L’excision et la pédocriminalité (pédophilie) touchent respectivement 19,03% et 15,98% des enfants (majoritairement les filles) dans ces 6 localités.

Le féminicide -meurtre d’une femme, d’une fille en raison de son sexe- est une réalité à Abidjan, avec un taux alarmant de 9,56% durant les années 2019 et 2020. Les Communes d’Anyama, Treichville et Attécoubé sont les zones des plus rouges en matière de VFF à Abidjan : Anyama (30,39%), Treichville (17,84%) et Attécoubé (17,22%).

Face à la récurrence des violences qu’elles subissent, les femmes d’Abobo y sont résignées. Elles sont pour la plupart dans le déni et se taisent (Seulement 11,08% admettent avoir été témoins de VFF). Toutefois, les résultats sur les féminicides la classant en tête de liste (125 cas soit 30,05%) permettent de la considérer comme zone rouge au même titre que Anyama, Treichville et Attécoubé.

La période de confinement ou de restrictions due au COVID-19 a exposée les femmes et les filles à plus de violences notamment les mariages forcés et viols signalés à une proportion plus élevé qu’en période pré-confinement et pré-Covid-19 (environ 30% des violences sexuelles constatées). Le confinement dû à la crise sanitaire a de ce fait amplifié les VFF à Abidjan.Face à la récurrence des violences qu’elles subissent, les femmes d’Abobo y sont résignées. Elles sont pour la plupart dans le déni et se taisent (Seulement 11,08% admettent avoir été témoins de VFF). Toutefois, les résultats sur les féminicides la classant en tête de liste (125 cas soit 30,05%) permettent de la considérer comme zone rouge au même titre que Anyama, Treichville et Attécoubé. La période de confinement ou de restrictions due au COVID-19 a exposée les femmes et les filles à plus de violences notamment les mariages forcés et viols signalés à une proportion plus élevé qu’en période pré-confinement et pré-Covid-19 (environ 30% des violences sexuelles constatées). Le confinement dû à la crise sanitaire a de ce fait amplifié les VFF à Abidjan.

Source : Rapport sur les Violences faites aux Femmes et aux Filles (VFF) dans le District d’Abidjan en période de pré et de quotidienneté Covid19, Abidjan, en Juin 2021

En définitive nous ne pouvons que remercier l’ONG CPDEFM qui contribue significativement à lutter contre toutes les formes de violences faites aux franges les plus vulnérables. Ce rapport gagnerait à être lu, partagé et surtout analysé comme un document indicatif sur les prochaines décisions à prendre en la matière. Car oui, il présente aussi des recommandations à toutes les parties prenantes à ce combat.

Sylvia Apata Membre fondatrice CPDEFM et coordonnatrice du Rapport sur les Violences faites aux Femmes et aux Filles (VFF) dans le District d’Abidjan en période de pré et de quotidienneté Covid19, Abidjan, Juin 2021

Lien de téléchargement du rapport:

http://cpdefmci.e-monsite.com/medias/files/rapport-de-l-enquete-sur-les-vff-a-abidjan-2021-cpdefm-1.pdf

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